Analyse I / GM

EPFL Botafogo
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14.1 et

Il existe plusieurs manières de définir rigoureusement les fonctions exponentielles et logarithme, mais toutes commencent par en construire une pour ensuite obtenir l’autre.
Dans cette section, on construit d’abord la fonction exponentielle à l’aide d’une série de puissances, on étudie ses propriétés, et on l’utilise ensuite pour construire la fonction logarithme. (Dans la section suivante on fera le contraire.)
Considérons la série numérique avec paramètre , pour laquelle Puisqu’on a, pour tout , que le critère de d’Alembert implique que la série converge absolument, et définit ainsi une fonction sur tout .
Définition 14.1.
On appelle exponentielle la fonction
Remarquons que par définition,
Toute l’importance de cette fonction réside dans sa propriété fondamentale: elle transforme les sommes en produits. Plus précisément:
Théorème 14.1.
Pour tous , on a
Proof
Par définition, Par la formule du binôme, pour tout , ce qui permet d’écrire Définissons , et décomposons la somme sur en deux: La deuxième s’estime comme suit: puisque , qui tend vers zéro lorsque . On peut ensuite écrire la première somme ainsi: D’une part, et d’autre part, pour tout on a que, pour tout suffisamment grand, et pour tout , qui permet de majorer On a donc bien démontré que

Cette propriété rappelle celle de la fonction “puissance” en arithmétique, , qui transforme aussi les sommes en produits: pour toute base , La base se retrouve en prenant : .
Pour cette raison, on utilise souvent la notation où le nombre En bas de page, on montre que ce nombre est en fait le même que celui défini dans la section sur la série géométrique, et qu’il est irrationnel.
Voyons des conséquences de la propriété fondamentale:
Corollaire 14.1.
Pour tout , .
Proof
En utilisant le théorème,

Puisque pour tout , le corollaire implique que pour tout . En particulier, pour tout , donc on peut écrire plus précisément l’ensemble d’arrivée de l’exponentielle:
Théorème 14.2.
L’exponentielle est dérivable sur , et
Proof
Il s’agit de calculer Or ce qui entraîne, lorsque , et puisque , (On a sommé la série géométrique.) On a donc ce qui démontre l’affirmation.

Une conséquence immédiate de ce dernier résultat: étant dérivable partout, est continue. On utilise ce fait pour démontrer:
Proposition 14.1.
est une bijection.
Proof
Remarquons que si , alors pour tout , et donc qui entraîne ainsi que Fixons maintenant . Les deux limites ci-dessus impliquent qu’il existe et tels que . Par le Théorème de la valeur intermédiaire appliqué à , on en déduit qu’il existe tel que . Ceci montre que , et donc que la fonction est surjective.
Montrons qu’elle aussi injective. Pour ce faire, remarquons que si , le Théorème des accroissements finis implique qu’il existe tel que Puisque , on en déduit que .
Ainsi, est bijective.

On a démontré, en passant, que

14.1.1 Logarithme

Puisque l’exponentielle est bijective, on peut considérer sa réciproque:
Définition 14.2.
La réciproque de est appelée logarithme:
Par définition, on a donc
Si l’exponentielle transforme des sommes en produits, sa réciproque doit forcément transformer des produits en sommes:
Théorème 14.3.
Pour tous ,
Proof
Par définition, si et seulement si . Mais et , et donc Ceci implique que .

D’autres propriétés qui découlent directement du fait que le logarithme est la réciproque de l’exponentielle: ,
De plus, par le théorème sur la dérivée de la fonction réciproque, pour tout , en dérivant les deux côtés de l’identité on obtient qui donne Notons encore que

14.1.2 Changements de base

On peut utiliser et pour définir d’autres fonctions, dont les propriétés sont semblables mais que l’on interprète comme exponentielles et logarithmes dans des bases différentes.
Soit , appelé base.
Définition 14.3.
L’exponentielle de base est la fonction
On a bien sûr que et on utilise aussi la notation .
On peut ensuite calculer et puisque le signe de change, on en déduit que est strictement croissante si , strictement décroissante si .
Remarquons que l’on peut maintenant considérer une exponentielle évaluée en un point , mais dont la base est elle-même une fonction : En particulier, on a la formule classique: pour tous ,
Aussi, si la base dépend de et que l’exposant est une fonction de , on doit admettre implicitement la définition suivante:
Définition 14.4.
Si , alors

14.1.3 Définition alternative de

Dans cette section, le nombre a été défini par la limite
On montre ici que ce nombre est aussi égal à :
Théorème 14.4.
Proof
Définissons On veut montrer que Rappelons que la formule du binôme de Newton permet d’écrire Puisque pour tout , on en déduit que et donc que Ensuite, fixons un entier , quelconque, et remarquons que pour tout , En prenant , ceci donne Comme cette dernière inégalité vaut pour tout , on a aussi que

14.1.4 Irrationnalité de

Théorème 14.5.
Le nombre est irrationnel.
Proof
Par l’absurde, supposons que est rationnel, c’est-a-dire qu’il existe deux entiers tels que Définissons la suite : Par définition, pour tout (puisque la suite est strictement croissante et tend vers ).
Ensuite, notre hypothèse permet d’écrire qui implique que lorsque , est un entier: . Or on peut remarquer que On en déduit que lorsque , une contradiction puisqu’on a dit plus haut que est un entier.
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