Revenons à la question posée précédemment: si l’équation x2=2 ne possède pas de solution dans Q, en possède-t-elle une dans R?
Animation explicative
Montrer qu’il existe effectivement un x∈R tel que x2=2, “directement” est trop difficile. On fait donc un petit détour, en commençant par définir l’ensemble A:={x∈R+:x2<2}. Remarquons que par exemple 0∈A, ou encore 1∈A, et donc A n’est pas vide.
Lemme 1.3.
A n’a pas d’élément maximal.
Proof
Il s’agit de montrer que pour tout élément x∈A, il existe toujours un x′∈A qui est strictement plus grand que x. Cherchons un x′ de la forme x′=x+n1, avec n∈N∗. Dans ce cas, x′2=(x+n1)2=x2+n2x+n21. Puisque n⩾1, on peut majorer: n21⩽n1. Ainsi, x′2⩽x2+n2x+n1=x2+n2x+1. Puisqu’on veut x′∈A, c’est-à-dire x′2<2, imposons x2+n2x+1<2, qui est équivalente à n>2−x22x+1. Le membre de droite est bien défini et positif puisque 2−x2>0. Et un n satisfaisant à cette propriété existe toujours puisque, quelle que soit la valeur de 2−x22x+1, il existe toujours un n plus grand que ce nombre (ceci découle du fait que N n’est pas majoré). Si on prend un tel n, on a donc x′=x+n1>x, et x′2=(x+n1)2=x2+n2x+n21<x2+n2x+n1=x2+n2x+1<x2+2−x22x+12x+1=2. Ceci montre que A n’a pas d’élément maximal.
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Ensuite, remarquons que A est majoré: x⩽3 pour tout x∈A. En effet, si x>3, alors x2>9>2, et donc x∈A. On peut maintenant considérer le réel défini comme le supremum de A: s:=supA.
Théorème 1.1.
Le nombre s défini ci-dessus satisfait s2=2.
Proof
Si on avait s∈A, cela impliquerait que s est un élément maximal pour A. Comme on vient de voir que A ne possède pas d’élément maximal, on en déduit que s∈A, et donc que s2⩾2. Nous allons maintenant montrer que s2⩽2. Pour ce faire, commençons par définir le réel M:=2s2+s2 et montrons que M majore A. En effet, observons que si x>M, alors x2=(s+(x−s))2=s2+2s(x−s)+⩾0(x−s)2⩾s2+2s(x−s)>s2+2s(M−s)=s2+2s(2s2+s2−s)=2, et donc x∈A. Ceci implique que si x∈A, alors x⩽M; donc M majore A. Mais, comme s est par définition le plus petit majorant de A, on a que s⩽M, c’est-à-dire s⩽2s2+s2, qui est équivalente à s2⩽2. Comme s2 est à la fois ⩾2 et ⩽2, ceci implique s2=2.
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Le nombre s est appelé racine carrée de deux, et est noté s=2. Puisque 2∈R mais 2∈Q comme on a vu, 2 est par définition irrationnel.
1.7.1 La fonction “racine”
On peut, en utilisant la même idée que celle présentée dans la preuve de la section précédente, montrer que pour tout y∈R+, l’équation x2=y possède une solution dans R+.
Animation explicative
Cette analyse montre que la fonction f:R+x→R+↦x2 et une surjection. On montre ici que c’est également une injection, et donc que cette fonction est une bijection. Si y⩾0, l’unique x⩾0 tel que x2=y se note x=y, et se nomme racine carrée de y. Toute la fonction réciproque s’appelle la fonction racine carrée: f−1:R+x→R+↦x
Comme on sait, son graphe s’obtient en réfléchissant celui de f(x)=x2 à travers la diagonale du premier quadrant:
Remarque 1.4.
La méthode se généralise, et permet de montrer que pour tout n∈N∗, et pour tout y∈R+, l’équation xn=y possède une unique solution dans R+. Celle-ci se note ny et se nomme racine n-ème de y.
L’utilisation de la notion de supremum/infimum, pour construire la racine carrée ci-dessus, n’est évidemment qu’un exemple de ce que l’on peut faire dans les réels. Comme on verra dans la suite, l’utilisation de ces notions sera utilisée constamment, et fournira un socle sur lequel toute l’analyse réelle pourra être construite.
Quiz 1.7.1.Pour montrer que dans R+, l’équation “x2=2” possède une solution...