Théorème 3.8 (Critère de d’Alembert pour les suites).
Soit (an) une suite telle que la limite suivante existe: ρ:=n→∞limanan+1.
Si 0⩽ρ<1, alors (an) converge et an→0.
Si ρ>1, alors (an) diverge, et si en plus an⩾0 pour tout n suffisamment grand, alors an→+∞.
Animation explicative
Proof
Supposons pour commencer que 0⩽ρ<1. On peut donc choisir un δ>0 tel que ρ<1−δ,
et trouver un entier N tel que anan+1⩽1−δ∀n⩾N, c’est-à-dire ∣an+1∣⩽(1−δ)∣an∣∀n⩾N. En utilisant cette inégalité pour N, ∣aN+1∣⩽(1−δ)∣aN∣, en l’utilisant pour N+1, ∣aN+2∣⩽(1−δ)∣aN+1∣⩽(1−δ)2∣aN∣, et ainsi de suite, en l’utilisant pour N+k, ∣aN+k∣⩽(1−δ)∣aN+(k−1)∣⩽⋯⩽(1−δ)k∣aN∣, ce qui implique, puisque (1−δ)k→0 lorsque k→∞, que n→∞lim∣an∣=k→∞lim∣aN+k∣=0. Ceci implique an→0. Supposons maintenant que ρ>1, et fixons un δ>0 tel que ρ>1+δ. On a alors l’existence d’un entier N tel que anan+1⩾1+δ∀n⩾N. En utilisant cette inégalité pour N, ∣aN+1∣⩾(1+δ)∣aN∣, en l’utilisant pour N+1, ∣aN+2∣⩾(1+δ)∣aN+1∣⩾(1+δ)2∣aN∣, et ainsi de suite, en l’utilisant pour N+k, ∣aN+k∣⩾(1+δ)∣aN+(k−1)∣⩾⋯⩾(1+δ)k∣aN∣, ce qui implique, puisque (1+δ)k→+∞ lorsque k→∞, que n→∞lim∣an∣=k→∞lim∣aN+k∣=+∞. Ainsi, (an) n’a pas de limite, et si an⩾0 pour tout n suffisamment grand, alors n→∞liman=n→∞lim∣an∣=+∞.
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Informel 3.11.Ce critère est utile, mais il s’applique seulement à des suites pour lesquelles ∣an∣ tend très vite vers zéro, ou très vite vers l’infini. (Voir exemples plus bas.)
Exemple 3.33.
Considérons la suite an=2nn2. On a montré précédemment que cette suite tendait vers zéro, en montrant que le comportement exponentiel l’emporte sur le polynomial. Voyons comment le critère de d’Alembert permet d’obtenir le même résultat. Calculons ρ=n→∞limanan+1=n→∞limn2/2n(n+1)2/2n+1=21n→∞limn2(n+1)2=21<1. Par le critère, ceci implique que an→0.
Le critère est souvent utile dans l’étude du comportement de quotients présentant une indétermination du type “∞∞”, et où on ne voit pas clairement comment extraire un terme dominant.
Exemple 3.34.
Considérons xn=nnn!, également considérée précédemment.Écrivons le quotient xnxn+1=n!(n+1)!(n+1)n+1nn=(n+1)nnn=(1+n1)n1. Ainsi, ρ=n→∞limxnxn+1=limn→∞(1+n1)n1=e1=2.718…1<1. On conclut que xn→0.
Il est important de souligner que le critère de d’Alembert ne dit rien dans le cas où ρ=1. Or beaucoup de suites très simples, dont le comportement est bien connu, sont des suites pour lesquelles ρ=1. Voyons trois exemples.
Exemple 3.35.
Pour la suite an=n1, on a ρ=n→∞limn1n+11=n→∞limn+1n=1, donc le critère ne permet pas de conclure. (Pourtant, on sait bien que an→0!)
Exemple 3.36.
Pour la suite an=n, on a aussi ρ=1, donc le critère ne permet pas de conclure. (Pourtant, on sait bien que an→∞!)
Exemple 3.37.
Pour la suite an=(−1)n, on a aussi ρ=1, donc le critère ne permet pas de conclure. (Pourtant, on sait bien que an n’a pas de limite!)