Une suite est une famille infinie ordonnée de réels, indexée par des entiers: an0,an0+1,an0+2,… On utilisera la notation compacte suivante: (an)n⩾n0
Une suite peut commencer par un indice n0 quelconque, mais le plus souvent on considérera n0=0 ou n0=1. Quand le premier indice n’importe pas ou peu (ce qui sera le cas lorsqu’on étudiera le comportement de an pour des indices ngrands), on écrira parfois (an) au lieu de (an)n⩾n0.
3.1.2 Représentations
On se représente en général une suite (an)n⩾1 de deux façons.
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La façon la plus simple est de la représenter simplement comme un ensemble de points sur la droite, {a1,a2,…}⊂R:
Du fait que cet ensemble est ordonné, cette image peut aussi s’interpréter comme une trajectoire: une particule est au point a1 au temps n=1, puis au point a2 au temps n=2, etc.
Mais une façon plus intuitive de se représenter une suite est de la voir comme le graphe d’une fonction f:N∗n→R↦f(n):=an. Ceci revient à représenter les paires de points (n,f(n))=(n,an) dans le plan cartésien:
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3.1.3 Exemples
Souvent, une suite est définie simplement en disant comment le n-ème terme an se calcule explicitement en fonction de l’indice n. Lorsqu’une suite est définie ainsi, chaque terme peut être calculé directement, indépendamment des autres, à l’aide d’une formule.
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Exemple 3.1.
Soit (an)n⩾1 la suite définie ainsi: pour chaque n⩾1, an=5n2+73n3+n−5. Dans cet exemple, a10′000 peut se calculer directement, sans avoir forcément besoin de calculer les autres.
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Exemple 3.2.
Soit (an)n⩾0, définie ainsi: a0=31, puis pour tout n⩾1, an=4an−1(1−an−1). Cette suite est définie par récurrence: à part le premier, chaque terme est défini en fonction du précédent. Donc on ne peut calculer a10′000 que si on a déjà calculé a9′999, a9′998, etc. Ce type de suite sera étudié dans un chapitre à part.
On peut définir une suite de façon tout à fait arbitraire, ce qui mène rapidement à des suites difficiles à étudier:
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Exemple 3.3.
Considérons l’expansion décimale du nombre π, π=3.1415926535897932384626433…, et définissons la suite (an)n⩾1, comme suit: a1=1,a2=4,a3=1,a4=5,a5=9,a6=2,… Plus précisément: an est l’entier représentant le n-ème chiffre après la virgule dans l’expansion décimale de π. Une suite facile à définir, mais très difficile à étudier...
Informel 3.1.Donc plus tard, quand on dira “soit (an) une suite”, il faudra garder à l’esprit que cela signifie que chacun de ses terme est bien défini, mais qu’un terme n’a pas forcément de lien avec les autres.
3.1.4 Suites majorées, minorées, bornées
Une propriété simplificatrice, pour une suite, est que ses termes ne soient globalement pas trop grands:
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Définition 3.2.
Une suite (an) est
majorée si il existe une constante M telle que an⩽M pour tout n,
minorée si il existe une constante m telle que an⩾m pour tout n,
bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Informel 3.2.Une suite bornée est une suite qui “vit” dans un intervalle, dans le sens où on peut trouver deux nombres finis m<M tels que an∈[m,M]∀n.
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Exemple 3.4.
Considérons la suite an=1−n2,n⩾0. Alors (an)n⩾0 est majorée. En effet, n2⩾0 pour tout n, et donc an=1−n2⩽1,∀n⩾0. et donc en prenant M=1, on a an⩽M pour tout n.
Par contre, an n’est pas minorée (et donc pas bornée). En effet, montrons que pour toute constante m, il existe un indice n tel que an<m. Ceci est vrai lorsque m⩾0 puisque an⩽0 dès que n⩾1. Si maintenant m<0, alors an=1−n2<m si et seulement si n>1−m (on a simplement résolu l’inéquation). Donc en prenant n’importe quel entier n plus grand que 1−m, on a bien que an<m. Ceci montre qu’il n’existe aucun minorant pour cette suite.
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Exemple 3.5.
Considérons la suite an=2sin(5n+1)−3cos(n),n⩾0. Puisque ∣an∣=2sin(5n+1)−3cos(n)⩽∣2sin(5n+1)∣+∣−3cos(n)∣=2∣sin(5n+1)∣+3∣cos(n)∣⩽2+3=5, la suite est bornée: −5⩽an⩽+5,∀n.
Exemple 3.6.
La suite (an)n⩾1, où an:=nème chiffre de l’expansion décimale de π en base 10, est bornée, car minorée par 0, et majorée par 9.
Exemple 3.7.
La suite an=(−1)nn n’est pas majorée. En effet, fixons un seuil M>0 (sous-entendu: aussi grand que l’on veut), et prenons un entier pair n=2k quelconque, tel que k>M/2. On a alors an=a2k=(−1)2k2k=2k>M.Cette suite n’est pas minorée non plus. En effet, fixons un seuil m<0 (sous-entendu: aussi grand que l’on veut, négatif), et prenons un entier impair n=2k+1 quelconque, tel que k>−(m−1)/2. On a alors an=a2k+1=(−1)2k+1(2k+1)=−(2k+1)<m.
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3.1.5 Suites monotones
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Définition 3.3.
Une suite (an) est
croissante si an⩽an+1 pour tout n,
strictement croissante si an<an+1 pour tout n,
décroissante si an⩾an+1 pour tout n,
strictement décroissante si an>an+1 pour tout n.
Si (an) satisfait une de ces propriétés, elle est dite monotone.
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Exemple 3.8.
La suite an=n2, n⩾0, est strictement croissante puisque an+1=(n+1)2=n2+>02n+1>n2=an.
Exemple 3.9.
La suite harmoniquean=n1, n⩾1, est strictement décroissante puisque an+1=n+11<n1=an
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Exemple 3.10.
Considérons la suite an=n+1n On peut écrire an=n+1n=n+1(n+1)−1=1−n+11, ce qui implique, puisque 2>1, an+1=1−n+21>1−n+11=an, et donc que (an) est croissante.
3.1.6 Pourquoi étudier les suites?
Les résultats que nous allons présenter dans les prochaines sections au sujet des suites seront d’importance capitale pour toute la suite de ce cours. En effet, l’étude des suites représente la porte d’entrée par laquelle plusieurs des difficultés de l’analyse sont abordées, de façon aussi élémentaire que possible. En particulier, on y discutera pour la première fois de la notion de limite, dans la section suivante, notion essentielle dans l’étude d’une fonction au voisinage d’un point.
Informel 3.3.Si on souhaite aborder quelques-unes des principales difficultés liées aux suites et à l’analyse, de manière informelle, en évitant le langage mathématique (qui est souvent responsable du blocage des novices), on pourra consulter le texte suivant: Le marchand de billes (billes.pdf).