Dans les sections précédentes, on a surtout considéré les suites convergentes, c’est-à-dire celles qui tendent vers une limite finie lorsque n→∞. On n’étudiera pas systématiquement les suites divergentes, dont les comportements peuvent être aussi compliqués que variés, mais nous introduirons quand-même quelques outils qui permettront de décrire certains de ces comportements divergents. Par exemple, une classe importante de suites divergentes est celle des suites qui tendent vers l’infini.
Définition 3.6.
Soit (an) une suite réelle.
On dit que (an)tend vers +∞ (lorsque n→∞) si pour tout M>0 il existe un entier positif N0 (qui dépend en général de M) tel que
an⩾M∀n⩾N0.
On notera, formellement, n→∞liman=+∞, ou simplement an→+∞.
On dit que (an)tend vers −∞ (lorsque n→∞) si pour tout M<0 il existe un entier positif N0 (qui dépend en général de M) tel que
an⩽M∀n⩾N0.
On notera (formellement) n→∞liman=−∞, ou simplement an→−∞.
Donc an tend vers +∞ si elle dépasse et reste au-dessus de n’importe quel seuilM>0 (sous-entendu: arbitrairement grand) lorsque son indice n est pris suffisamment grand.
Sur l’animation suivante, fixer une valeur du seuil M>0, puis chercher un N tel que an⩾M pour tout n⩾N:
Animation explicative
Exemple 3.20.
Montrons que la suite (an) définie par an=72n−5 tend vers +∞. Pour cela, fixons un seuil arbitraire M>0, et remarquons que an⩾M⇔72n−5⩾M⇔n⩾27M+5. Soit donc N:=⌊27M+5⌋+1. Si n⩾N, alors n⩾27M+5 et donc an⩾M. Comme on peut trouver un tel N pour tout seuil M>0, ceci montre bien que an→∞.
Exemple 3.21.
Considérons ensuite an=n+1n2, et montrons que an→∞. Pour un seuil M>0, on a an⩾M⇔n2−Mn−M⩾0 Le polynôme P(x)=x2−Mx−M possède deux racines, x±=2M±M2+4M, et il est positif partout en dehors de l’intervalle [x−,x+]. En définissant N:=⌊x+⌋+1, on a bien an⩾M dès que n⩾N.
3.6.1 Propriétés des suites qui tendent vers l’infini
Tout comme les suites convergentes, celles qui tendent vers l’infini obéissent à certaines propriétés.
Théorème 3.3.
Soient (an) et (bn) deux suites. Si an→+∞,
alors an1→0.
et si bn→+∞, alors an+bn→+∞ et anbn→+∞.
et si bn est bornée, alors an+bn→+∞ et anbn→0.
et s’il existe δ>0 tel que bn⩾δ pour tout n suffisamment grand, alors anbn→+∞. (En particulier, si bn→L, avec L>0, alors anbn→+∞.)
et si bn⩾an pour tout n suffisamment grand, alors bn→+∞.
Exemple 3.22.
Considérons la suite xn=n3−7sin(2n)cos(n), que l’on peut écrire comme xn=an+bn, où an=n3,bn=−7sin(2n)cos(n). On voit que an→∞. On ne sait pas grand chose sur le signe de bn, mais on sait qu’elle est bornée puisque ∣bn∣=−7sin(2n)cos(n)⩽7, et donc n→∞limxn=n→∞lim(an+bn)=+∞.
Exemple 3.23.
Considérons xn=n(2+cos(n5)), que l’on peut écrire comme xn=anbn, où an=n,bn=2+cos(n5). On a an→∞, mais bn n’a visiblement pas de limite. Pourtant, on peut remarquer que cos(n5)⩾−1, et donc bn=2+cos(n5)⩾2−1=1=:δ>0. On a donc n→∞limxn=n→∞limanbn=+∞.
Quiz 3.6.1.Soit (an) une suite qui n’est pas majorée. Parmis les affirmations suivantes, lesquelles sont correctes?
Quiz 3.6.2.Si une suite (an) ne tend pas vers +∞, alors
Quiz 3.6.3.Soit an→+∞. Parmi les affirmations suivantes, lesquelles sont toujours vraies?