Analyse I / GM

EPFL Botafogo
timeline-AN-2023 Ouvrir dans un onglet

7.2 Limite

Commençons par étudier les valeurs d’une fonction proche d’un point , avec la définition de base de la limite en. Le point pourra être un point intérieur du domaine de la fonction, ou alors sur son bord.
Il y a trop de comportements possibles pour lorsque s’approche de , donc dans notre analyse, on se concentrera sur les comportements classiques observés dans nombre de fonctions rencontrées en analyse, et qui sont les plus rencontrés dans le développement de la théorie des fonctions. En particulier, on donnera un sens aux termes suivants:
  • tend vers lorsque tend vers
  • tend vers l’infini lorsque tend vers

7.2.1 Notion de voisinage

Informel 7.1.Pour définir la “limite de en ”, nous allons étudier les valeurs de lorsque devient arbitrairement proche de . Et c’est la formulation rigoureuse de cette notion qui pose souvent des difficultés.
Pour parler des réels proches de , on utilisera la notion de voisinage.
Définition 7.1.
Soit .
  • L’ensemble , où , est appelé voisinage épointé de .
  • Une fonction est définie au voisinage de si il existe un voisinage épointé de , , tel que est définie pour tout .
Exemple 7.1.
Aucune des fonctions n’est définie en , mais toutes sont bien définies dans un voisinage épointé de .
Par définition, un voisinage épointé de contient une infinité de points distincts de . Mais surtout: quelle que soit la distance qu’on choisit, aussi petite que l’on veut, il contient des points dont la distance à est inférieure ou égale à :

7.2.2 Limite en un point

Un premier cas naturel à considérer est celui dans lequel les valeurs de tendent à se rapprocher d’un nombre, que l’on notera généralement , à mesure que se rapproche de .
Animation explicative
Définition 7.2.
Soit et une fonction définie dans un voisinage épointé de . On dit que tend vers lorsque tend vers si pour tout il existe tel que dès que .
Le réel sera appelé la limite, et on utilisera la notation:
Remarque 7.1.
  • Dans cette définition, on peut prendre arbitrairement petit, et le nombre doit en général être pris en fonction de .
  • Il est important de remarquer que l’étude de est indépendante de la valeur que prend en . En fait, n’a même pas besoin d’être définie en pour que sa limite existe!
Animation explicative
Sur l’animation ci-dessous, choisir quelques valeurs de , et adapter de façon à ce que
Exemple 7.2.
Considérons une fonction , telle que Étudions cette fonction dans un voisinage épointé de . Cela signifie que l’on ne s’intéresse qu’aux valeurs de pour des réels proches de , différents de .
À première vue, si est proche de alors est proche de , et donc devrait être proche de . On peut donc conjecturer que Pour commencer, étudions la différence Cette expression montre de façon assez transparente que est proche de lorsque est proche de , et permet maintenant d’implémenter la définition de limite.
Fixons . Par l’identité écrite plus haut, on a si et seulement si c’est à dire Ainsi, si on définit , on a bien dès que . Ceci montre ce qu’on voulait: Sur l’animation ci-dessous, choisir la valeur de , et voir comment adapter pour garantir que tout ait son image :
On observe que est le “meilleur” possible .
Pour un autre exemple élémentaire traité en détails, cliquer ici (blackpenredpen).
Informel 7.2.La fonction de l’exemple précédent a cela de particulier qu’elle a permis d’écrire une proportionnalité exacte entre et , ce qui a permis de facilement trouver un en fonction de .
Il n’y a que les fonctions du type pour lesquelles cette proportionnalité est explicite, c’est-à-dire pour lesquelles on peut toujours écrire quelque chose comme (pour un bien choisi) est une constante qui ne dépend pas de .
Si on ne peut pas faire de même dans un cas général, on pourra quand-même essayer de majorer la différence comme suit: ce qui permet également de trouver un en fonction de .
Exemple 7.3.
Considérons et montrons que Commençons par écrire la différence. Lorsque , De par la présence de “” au numérateur, cette expression exprime bien que sera proche de zéro lorsque sera proche de . Mais pour rendre l’argument rigoureux il faut d’abord faire quelque chose pour ne plus avoir de “” au dénominateur de la fraction. Nous allons donc travailler pour minorer le dénominateur par une quantité strictement positive, qui ne dépend pas de .
Si on suppose par exemple que est à distance au plus de , (c’est-à-dire ), alors on peut écrire que qui implique en particulier que Dorénavant, nous supposerons donc que . Maintenant, fixons un . L’inégalité que nous avons obtenue au-dessus dit que pour rendre plus petit que , il suffit de d’abord rendre plus petit que . Or Ainsi, si on définit alors implique .
Exemple 7.4.
Considérons qui est bien définie partout, sauf en . Montrons que Fixons donc un , et montrons que l’on peut trouver un tel que Pour cela, on remarque d’abord que, l’exponentielle étant toujours strictement positive, . Or on peut résoudre l’inégalité explicitement. D’abord, en prenant le (qui est une fonction croissante) des deux côtés de l’inégalité, et en changeant le sens de l’inégalité: Cette dernière est toujours vraie si ; dans ce cas on peut donc prendre n’importe quel , par exemple . Ensuite, considérons le cas où . Dans ce cas, , et donc . On a donc montré que On peut donc conclure en prenant On voit, par ce calcul, que plus est choisi petit, plus doit être pris proche de pour que .

7.2.3 Premières propriétés de la limite

Lemme 7.1.
Si la limite existe, elle est unique. Plus précisément: si il existe deux nombres tels que alors .
Proof
(La preuve suit exactement ce qu’on a fait pour les suites!)
Supposons, par l’absurde, que tende vers deux limites différentes, . Sans perte de généralité, on peut supposer que . Définissons qui est strictement positif par hypothèse. Aussi, .
  • Par définition de , il existe tel que dès que .
  • Par définition de , il existe tel que dès que .
Définissons maintenant Considérons alors un tel que . Comme , on a que . Et, comme , on a que . On a donc, par l’inégalité triangulaire, que ce qui est absurde

Le résultat suivant offre une caractérisation alternative de la limite en un point, en établissant un lien avec la notion de limite introduite précédemment pour le suites de réels. (En fait, certains textes/enseignant.e.s utilisent cette caractérisation pour définir la limite d’une fonction en un point.)
Lemme 7.2.
(Critère d’existence via les suites) Soit définie au voisinage de . Alors si et seulement si pour toute suite satisfaisant pour tout et lorsque , on a que
Proof
Supposons que . Prenons une suite telle que pour tout , et telle que . Fixons . Par la définition de limite, il existe tel que dès que . Puisque , il existe un entier tel que , et donc , ceci pour tout . Ceci montre que .
Supposons maintenant que pour toute suite . Par l’absurde, supposons que ne tend pas vers lorsque tend vers . Cela signifie qu’il existe pour lequel il n’existe aucun tel que dès que . Considérons alors la suite et pour tout , considérons un tel que et . On a donc une suite telle que , mais pour laquelle ne tend pas vers , une contradiction.

Ce critère est en général utilisé pour montrer qu’une fonction n’a pas de limite lorsque . Pour ce faire, on pourra soit trouver une suite pour laquelle n’existe pas, ou alors trouver deux suites , telles que les suites et possèdent des limites différentes lorsque :
Exemple 7.5.
Montrons que la fonction n’a pas de limite lorsque . Pour ce faire, considérons deux suites qui tendent vers zéro.
  • Pour la première, prenons , pour laquelle
  • Pour la deuxième, prenons , pour laquelle
On a donc et , mais Le théorème ci-dessus implique donc que la limite n’existe pas.
Animation explicative
Quiz 7.2.1.Soit une fonction définie dans un voisinage épointé de , et telle que . Alors
Quiz 7.2.2.Soit une fonction définie dans un voisinage épointé de , telle que existe. Vrai ou faux?
Projet Botafogo © 2026. En savoir plus. Contenu sous licence CC BY-NC-SA 4.0