On parle alors de limite latérale si les valeurs d’une fonction tendent vers une valeur lorsqu’on s’approche d’un point x0 en maintenant le signe de x−x0 constant:
Définition 7.3.
Soit x0∈R.
Soit f une fonction définie sur un intervalle de la forme ]x0,x0+α[ (α>0). On dit que f tend vers L∈R lorsque x tend vers x0 par la droite si pour tout ε>0 il existe δ>0 tel que ∣f(x)−L∣⩽ε dès que 0<x−x0⩽δ, c’est-à-dire x0<x⩽x0+δ. On notera:x→x0+limf(x)=L.
Soit f une fonction définie sur un intervalle de la forme ]x0−α,x0[ (α>0). On dit que f tend vers L∈R lorsque x tend vers x0 par la gauche si pour tout ε>0 il existe δ>0 tel que ∣f(x)−L∣⩽ε dès que −δ⩽x−x0<0, c’est-à-dire x0−δ⩽x<x0. On notera:x→x0−limf(x)=L.
Donc une fonction peut par exemple posséder une limite latérale à droite en x0, sans être du tout définie à gauche de x0:
Exemple 7.7.
Par exemple, f(x)=x est définie seulement sur R+=[0,+∞[, et x→0+limf(x)=0.
En effet, pour tout ε>0, on a ∣f(x)∣=x⩽ε si et seulement si x⩽ε2, et donc on peut prendre δ:=ε2.
Mais une fonction peut être définie de part et d’autre de x0, et n’avoir qu’une seule limite latérale:
Exemple 7.8.
Considérons, sur R∗, la fonctionf(x):=⎩⎨⎧1−x2πsin(1/x) si x<0, si x=0, si x>0. Alors f n’a pas de limite à droite en x0=0, comme on sait, mais x→0−limf(x)=1.
Intuitivement, si les limites latérales en un point existent et sont égales, alors la vraie limite en ce point existe et prend la même valeur:
Théorème 7.2.
Soit f définie dans un voisinage épointé de x0. Les deux affirmations ci-dessous sont équivalentes:
x→x0limf(x)=L
x→x0+limf(x)=x→x0−limf(x)=L
Proof
Supposons que limx→x0f(x)=L, c’est-à-dire que pour tout ε>0 il existe un δ>0 tel que ∣f(x)−L∣⩽ε dès que 0<∣x−x0∣⩽δ. Or 0<x−x0⩽δ et −δ⩽x−x0<0 impliquent évidemment 0<∣x−x0∣⩽δ. Et donc limx→x0+f(x)=limx→x0−f(x)=L
Maintenant, supposons que limx→x0+f(x)=limx→x0−f(x)=L, et fixons ε>0. On a d’une part l’existence d’un δ−>0 tel que ∣f(x)−L∣⩽ε dès que −δ−⩽x−x0<0, et d’autre part l’existence d’un δ+>0 tel que ∣f(x)−L∣⩽ε dès que 0<x−x0⩽δ+. En prenant δ:=min{δ−,δ+}, on garantit que si 0<∣x−x0∣⩽δ, alors −δ−⩽x−x0<0 et 0<x−x0⩽δ+, et donc dans tous les cas, ∣f(x)−L∣⩽ε.
□
Il existe naturellement une version latérale du Théorème des deux gendarmes, ou du théorème sur l’équivalence avec les limites par des sous-suites, dans le cas des limites latérales.
Exemple 7.9.
Considérons f(x)=x⌊x1⌋, qui est bien définie en tout x=0. Pour calculer sa limite lorsque x→0, commençons par rappeler que par la définition de valeur entière, x1−1<⌊x1⌋⩽x1,∀x=0. On utilise cette double inégalité pour étudier les limites latérales en zéro:
Si on la multiplie des deux côtés par x>0,
Puisque limx→0+(1−x)=1, le Théorème des deux gendarmes (en version “latérale”) implique que
x→0+limf(x)=1.
Si on la multiplie des deux côtés par x<0,
Puisque limx→0−(1−x)=1, le Théorème des deux gendarmes (en version “latérale”) implique que
x→0−limf(x)=1.
Puisque les limites larérales existent et sont égales, x→0limf(x)=1.
Le théorème précédent est aussi utile pour montrer qu’une limite x→x0 n’existe pas. Pour ce faire, on pourra
montrer qu’une des limites latérales, x→x0+ ou x→x0−, n’existe pas, ou
montrer que les limites latérales x→x0+ et x→x0−, existent mais ont des valeurs différentes.
Exemple 7.10.
Considérons f(x)=x−1∣x2−1∣, et montrons que la limite x→1limf(x) n’existe pas. D’abord, remarquons que ∣x2−1∣=∣x−1∣⋅∣x+1∣. Ensuite, si x est proche de 1, alors ∣x+1∣=x+1, mais ∣x−1∣={+(x−1)−(x−1) si x>1, si x<1. On peut donc facilement calculer les limites latérales: x→1−limf(x)=x→1−limx−1−(x−1)(x+1)=x→1−lim−(x+1)=−2,x→1+limf(x)=x→1+limx−1(x−1)(x+1)=x→1+lim(x+1)=2, Comme les limites latérales existent mais sont inégales, on conclut que f(x) n’a pas de limite lorsque x→1.