Analyse I / GM

EPFL Botafogo
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3.8 Indéterminations

On a pour l’instant considéré deux types de limites:
  • celles qui convergent vers une limite finie: ,
  • celles qui tendent vers l’infini: .

Or les limites importantes de l’analyse, celles qui permettent de faire avancer le développement du calcul différentiel et intégral, sont toutes des limites qui impliquent une forme ou une autre d’indétermination.
Une limite représente une indétermination lorsqu’elle fait intervenir une combinaison de grandeurs qui est telle qu’on ne peut pas déterminer sa valeur directement à l’aide d’une des propriétés de base des limites vues précédemment . Plus précisément, une indétermination apparaît lorsque une suite est composée d’autres suites, présentant des comportement du type “tend vers zéro” ou “tend vers l’infini”.
On décrit les principales indéterminations en considérant une suite formée à partir de deux autres suites, que l’on notera et . On suppose les comportements de et connus lorsque .
Animation explicative
Nous ne traiterons pas les indéterminations de façon générale puisque justement, leur présence indique qu’une étude au cas par cas est nécessaire. Nous allons donc discuter certaines de ces indéterminations, et présenter quelques techniques qui permettent de les résoudre, sur des exemples. Notons que ces techniques ne sont pas spécifiques au cas : toutes seront utiles plus tard, dans d’autres types de limites (comme ).

3.8.1 Indéterminations du type “

Exemple 3.24.
Nous avons déjà rencontré la suite qui est du type “” puisque et . Nous avions également montré qu’elle tend vers , l’intuition derrière ce fait étant la présence de l’exposant “” fait que le numérateur l’emporte dans la limite .
Une autre façon de traiter ce quotient est de l’écrire comme un produit: On a alors et , ce qui implique (par une propriété énoncée et démontrée ici) que Ainsi, en récrivant notre suite, on a pu la mettre sous une forme qui permet de déduire son comportement à l’aide d’une propriétés de base des suites.
Informel 3.8.Lorsqu’on est en présence d’un quotient dans lequel et sont les deux grands, on essaiera d’extraire ce qui est à l’origine de cette grandeur, en mettant un terme dominant en évidence. On pourra alors faire des simplifications dans la fraction , et éventuellement faire disparaître l’indétermination.
Exemple 3.25.
Considérons qui est effectivement une indétermination de la forme “”, puisque
  • (polynôme de degré , dont le coefficient principal est ),
  • ( et est bornée).
Ce que l’on peut faire ici est extraire les termes dominants dans et , qui sont les termes contenant la puissance : En simplifiant par on a obtenu un nouveau quotient qui dans la limite n’est plus indéterminé. En effet, et , et donc
Exemple 3.26.
Les comparaisons des comportements logarithmiques, polynomiaux et exponentiels, ont consisté à résoudre les indéterminations “” suivantes: Remarquons que ces limites ont requis une analyse plus fine, puisque numérateur et dénominateur sont de nature différente (on n’a pas pu simplement extraire de “terme dominant”).

3.8.2 Indéterminations du type “

Souvent, une suite est définie par une différence de deux nombres qui deviennent de plus en plus grands à mesure que augmente. Or la différence de deux nombres grands peut, a priori, avoir n’importe quel type de comportement.
Exemple 3.27.
Considérons dans laquelle et . Comme tend vers l’infini plus vite que , dû au fait qu’il contient un terme de degré , on a avantage à mettre en évidence et obtenir un produit, Maintenant, on a toujours , mais puisque , leur produit tend vers . On a donc
L’identité élémentaire
est souvent utile lorsqu’on a affaire à une différence , si on la formule comme suit:
Ici, on a multiplié et divisé par le conjugué de . Ainsi, à la différence “” se substitue la différence “”, qui est parfois plus facile à traiter.
Cette approche est particulièrement efficace lorsqu’on a des différences de racines:
Exemple 3.28.
Considérons qui est bien du type “”. En multipliant et divisant par le conjugué, Ce quotient n’est plus indéterminé:
Parfois, on pourra (même si c’est assez rare) résoudre une indétermination “”, de la forme , en extrayant explicitement de et de la même partie divergente:
Exemple 3.29.
Considérons le cas “” suivant: Ici, on peut remarquer qu’en écrivant ce qui montre que et contiennent tous deux un “”, qui tend vers l’infini, et qui disparaît lorsqu’on fait la différence: C’est donc un cas d’une indétermination “” dans laquelle on peut montrer que les infinis se “compensent exactement”.

3.8.3 Indéterminations du type “

Nous reviendrons au indéterminations “”, puisqu’elles sont au coeur du problème de la dérivation, un outil central de l’analyse.
Pour l’instant, donnons déjà une limite classique “”:
Théorème 3.5.
Soit une suite représentant des mesures d’angles en radians. Si pour tout , et si , alors
Informel 3.9.Attention, il est important de mentionner que le sinus, dans , est calculé en supposant que l’angle est mesuré en radians. Sinon, la limite n’est pas la même!
Proof
Comme la fonction est paire, on peut supposer que pour tout .
Puisque , on a pour tout suffisamment grand. Considérons donc un angle sur le cercle trigonométrique, dont la mesure en radians est entre et :
Remarquons que le triangle est inclus dans le secteur circulaire , qui est lui-même inclus dans le triangle . On a donc On explique ici comment calculer l’aire d’un secteur. Ainsi, en exprimant chacune de ces aires en fonction de , Ce deux inégalités sont équivalentes à Puisque , on a et . On conclut donc avec le théorème des deux gendarmes.

3.8.4 Sur l’équivalence entre les indéterminations

Toutes les indéterminations du tableau présenté plus haut sont équivalentes, dans le sens où on peut toujours transformer une indétermination en une autre. Voyons les principaux cas.
  • Supposons par exemple que la limite de soit “”. Cela implique que , et donc en écrivant , la limite devient du type “”.
  • Supposons ensuite que la limite de soit “”. En écrivant
    on voit que l’on fait apparaître , qui dans la limite est du type “”.
  • Soit finalement une suite qui dans la limite est du type “”. En écrivant , comme implique , est du type “”.
Quiz 3.8.1.Parmi les formes suivantes, indiquer celles qui sont indéterminées.
Quiz 3.8.2.Vrai ou faux?
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